mardi 24 mai 2016

Des Pesos et des Francs

L'abandon par la BNS (Banque Nationale Suisse) du taux plancher (1.20 CHF pour 1 EUR) en janvier 2015 continue à faire des vagues. Des dizaines de milliers d'emplois ont disparu en Suisse entre-temps. C'est bien la preuve que c'est la faute de M. Jordan (président de la BNS), non ? C'est la voix des médias suisses qui le dit, et bien sûr qu'il y a une bonne part de vérité dans cette supposée causalité intra-helvétique.
Néanmoins, il convient de nuancer:
  • Le CHF s'est, depuis le choc et la quasi parité, affaibli à 1.11 CHF pour 1 EUR.
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  • Sur le marché international, on oscille autour de la parité avec le dollar (USD), donc le niveau d'avant l'abandon du taux plancher, et à l'époque le CHF était déjà dans une tendance baissière par rapport à l'USD.
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  • Entre-temps, il y a eu l'émergence d'une crise en Chine (gros acheteur de montres et bijoux) et dans le commerce international (avec certains indices au plus bas de 30, voire 40 ans): ça, ce n'est vraiment pas la faute de M. Jordan!
  • La BNS continue ses interventions pour affaiblir le CHF.

D'autres voix (très minoritaires) trouvent que la BNS en fait trop et va finir par ruiner le franc suisse.
D'ailleurs, on peut lire parfois dans le même article qu'elle en fait trop (interventions) et en même temps pas assez (soutien à l'économie d'exportation).

Ces voix sont minoritaires parce que c'est plus vendeur de parler de phénomènes immédiats et que la taille du bilan de la BNS semble quelque chose de trop abstrait pour le grand public. En plus, c'est difficile pour tout un chacun (même pour des gens qui travaillent dans le secteur financier), et donc aussi pour les lecteurs de la presse helvétique, d'associer les centaines de milliards créés ex nihilo par la BNS avec l'argent de la vie quotidienne ou du fonds de retraite. J'entends souvent "oui, mais ce n'est pas de l'argent réel", ou "je m'en fiche, ce n'est pas mon argent". Pourtant, c'est bien du même argent - dans son ensemble - qu'il s'agit...

On voit régulièrement des comparaisons entre les bilans des différentes banques centrales de pays industrialisés depuis la crise de 2008 - ceci comprend les crises de la zone Euro qui ont suivi. La BNS a évidemment dû intervenir plus fortement (relativement au PIB) que les autres pour compenser l'effet de valeur-refuge du franc. Mais à quoi comparer ces valeurs gigantesques pour se faire une meilleure idée ? Je me suis dit: prenons un cas connu et contemporain d'impression monétaire "vigoureuse": l'Argentine. Puis comparons... J'ai eu là deux surprises:

  1. Une bonne surprise: on peut mettre les quantités de pesos argentins (ARS) et de francs suisses (CHF) sur la même échelle sans devoir appliquer un facteur. Ce coup de chance est très bon pour la lisibilité du graphique.
  2. Une surprise... disons... très légèrement désagréable: la base monétaire des deux monnaies suit à peu près la même trajectoire, avec un décuplement en dix ans.

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Evidemment, on me dira que cela n'a rien à voir. L'Argentine frôle régulièrement la faillite, l'inflation y est galopante, et les pesos imprimés servent à payer les salaires des fonctionnaires argentins.
Au contraire, les finances de la Suisse sont saines, voire au-dessus de tout soupçon, et la création monétaire sert à empêcher le franc suisse de se renforcer. En l'occurrence, la banque centrale helvétique paye les salaires des fonctionnaires français ou allemands - en plus de financer les actionnaires d'Apple, les spéculateurs du gaz de schiste ou des biotechs... Mais qu'importe: en principe, la BNS devrait pouvoir racheter sans peine les 450 milliards de francs surnuméraires et les éliminer.

Alors, pourquoi s'inquiéter ?

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