mercredi 21 décembre 2011

Pessoa - Le Livre de l'intranquillité, n° 7

Aujourd'hui, au cours de l'une de ces rêveries sans but ni dignité qui constituent une bonne partie de la substance spirituelle de ma vie, je me suis imaginé libéré à tout jamais de la rue des Douradores, du patron Vasquès, du comptable Moreira et des employés au grand complet, du coursier, du groom et du chat. J’éprouvai en rêve cette libération, comme si toutes les mers du Sud m'avaient offert des îles merveilleuses à découvrir. À moi alors le repos, l'épanouissement dans l'art, l'accomplissement intellectuel de tout mon être.
Mais soudain, et dans le décours même de cette rêverie - qui se déroulait dans un café, durant la modeste pause du déjeuner -, voici qu'une impression de malaise vint s'attaquer à mon rêve: je sentis que j'aurais de la peine. Oui, je le dis en un mot comme en cent: j'aurais de la peine. Le patron Vasquès, le comptable Moreira, le caissier Borges, tous les braves garçons qui m'entourent, le petit groom si joyeux qui porte le courrier à la boîte, le coursier bon à tout faire et le chat si affectueux - tout cela est devenu une partie de ma vie; je ne pourrais l'abandonner sans pleurer, sans comprendre que ce petit monde, si mauvais qu'il m'ait paru, était une partie de moi-même et qu'elle demeurait avec eux ; que me séparer d'eux, ce serait déjà comme la moitié et l'image de la mort.
D’ailleurs, si demain je les quittais tous, si je me dépouillais de cet uniforme de la rue des Douradores, à quoi d'autre me raccrocherais-je (car il est sûr que je me raccrocherais à quelque chose), quel autre uniforme irais-je revêtir (car il est sûr que j'en revêtirais un) ?
Nous avons tous notre patron Vasquès, visible pour certains, invisible pour d'autres. En ce qui me concerne, il s'appelle réellement Vasquès, c'est un homme sain, agréable, parfois brusque mais sans arrière-pensées, intéressé mais juste, en somme, et doué d'un sens de la justice qui fait défaut à bon nombre de grands génies et autres merveilles de la civilisation humaine, de droite ou de gauche. Pour d'autres ce peut être la vanité, le désir insatiable de richesses, la gloire, l'immortalité... Je préfère encore un Vasquès bien humain, comme mon patron, plus accessible, dans les moments difficiles, que tous les patrons abstraits du monde.
Estimant que je gagnais trop peu, un de mes amis, membre d'une société prospère grâce à ses contrats avec l'État, me dit l'autre jour: « Vous êtes exploité, mon vieux. » Ce mot m'a rappelé que je le suis, en effet ; mais comme nous devons tous être exploités dans la vie, je me demande s'il ne vaut pas mieux être exploité par ce Vasquès, marchand de tissus, que par la vanité, la gloire, le dépit, l'envie ou l'impossible.
Il y a ceux que Dieu lui-même exploite, et ce sont les prophètes et saints dans le vide immense de ce monde.
Et je me réfugie, comme d'autres le font dans leur foyer, dans cette maison étrangère, ce vaste bureau de la rue des Douradores. Je me retranche derrière ma table comme derrière un rempart contre la vie. J'éprouve de la tendresse - jusqu'aux larmes - pour ces registres, qui sont miens sans l'être, où je passe mes écritures, pour le vieil encrier que j'utilise et pour le dos penché de Sergio, qui dresse des bordereaux un peu plus loin. Je ressens de l'amour pour toutes ces choses - peut-être parce que je n'ai rien d'autre à aimer- peut-être aussi parce qu'il n'est rien qui mérite l'amour d'une âme humaine; et cet amour, si nous voulons le donner, par sentimentalité - alors autant le donner à la chétive apparence de mon encrier qu'à la vaste indifférence des étoiles.

Le Livre de l'intranquillité, Bernardo Soares (Fernando Pessoa), trad. Françoise Laye

lundi 12 décembre 2011

Pessoa - Le Livre de l'intranquillité, n° 89

La seule attitude digne d'un homme supérieur, c'est de persister tenacement dans une activité qu'il sait inutile, respecter une discipline qu'il sait stérile, et s'en tenir à des normes de pensée, philosophique et métaphysique, dont l'importance lui apparaît totalement nulle.

Le Livre de l'intranquillité, Bernardo Soares (Fernando Pessoa), trad. Françoise Laye

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NB: Je ne suis pas forcément d'accord avec les affirmations ci-dessus, mais je les trouve irrésistiblement amusantes (rire jaune!) par leur féroce absurdité et leur ironie.

mardi 29 novembre 2011

Monetary inflation ad nauseam

When I started working in the finance area, in 2001, I had already serious doubts about the viability of savings in any paper form (stocks, bonds, cash, derivatives). Especially money saved on standard pension schemes seemed to me to be just lost money.
Perhaps two elements helped me:
- at that moment, there was a stock crash and plenty of accounting and speculation scandals being revealed
- I was working in the pension fund area.
Some people already had identified the following cycle:

loop
  1. central banks expand money to please the god of Growth, by forcing very low short-term interest rates, below price inflation rate, or by other additional means;
  2. the policy stays for long and is influencing longer-term rates as well;
  3. standard investment returns become negative in real terms;
  4. individuals and institutions are lead either to have no savings, or to speculate in the hope of getting positive returns;
  5. credit expands to provide leverage for speculation;
  6. a new bubble inflates;
  7. the bubble bursts and the hoped positive returns are gone;
  8. there is a recession, the god of Growth is angry;
end loop;

dimanche 6 novembre 2011

Frauenparkplätze


Ce n'est pas une blague macho, mais du vrai, du sérieux: des places de parc pour les femmes!

dimanche 4 septembre 2011

Mathematisches Liebesgedicht

Mathematisches Liebesgedicht

Komm, laß uns tanzen in den Banachraum,
wo Punktepaare wohlgeordnet sind,
und Riemannsche Blätter rascheln im Wind.
gefaltet, geheftet, schön wie im Traum.

Ich pfeife auf Bernoullis Fixpunktsatz,
was soll'n mir Hilbert, Euler und Venn,
mit ihren Indizes von eins bis n,
wenn du mich liebst, mein rationaler Schatz!

Fixpunkte träumen von Kontraktionen,
Vektor schmeichelt der schönen Matrize,
Spalten bringt er in siedende Hitze,
heiß und ergodisch glühen die Zonen.

Mordels Vermutung ist kein leerer Wahn,
denn deine Kurven sind mein höchstes Ziel.
Ich zählte der Punkte endlich viel,
und meine Graphen kreuzten ihre Bahn.

Du bist mein maximales Ideal,
der Zustand meiner Liebe ist stabil,
doch deine Kovarianten sind labil,
und unbestimmt wie Eulers Integral.

In deinen Augen glänzt der Eigenwert,
in jedem Seufzer schwingt ein Tensor mit,
du weißt nicht, wie mein Operator litt,
hast du ihm doch Funktionen stets verwehrt.

Den Ring aus Polynomen gab ich dir,
dazu die Markov-Kette mit dem Stein.
All deine Tensorfelder waren mein,
nur dein Quotientenkörper fehlte mir.

Lösch mich nicht, denn was wird von mir bleiben?
Parabeln, deren Brennpunkt niemand weiß,
Abzissen, Mantissen und ein Kreis.
Laserstrahl wird mich zu Staub zerreiben.

Erstarren meine positiven Glieder,
näht man mein topologisch Leichenhemd,
vergiß mich nicht, werd mir nicht teilerfremd,
und sing am Grab mir lineare Lieder.

entnommen aus: Die Reise Eins A oder Trurls Elektrobarde,
in: Der Kyperiade 1. Teil von Stanislav Lem
übersetzt aus dem polnischen von Jens Reuter

mercredi 31 août 2011

mardi 5 juillet 2011

The Corporate Bullshit Generator

This open-source project is not new, but new on the Web!
The Corporate Bullshit Generator (CBSG) is a high-performance random text generator that is focused on corporate bullshit, producing 400 pages per second of sentences like "A balanced efficiency drives the enablers within the industry", as meaningless as those from real people you might hear at some meetings. If you ever wondered why some speeches sound so random, it is because they are random. Perhaps they even come from this generator - who knows? After all, why sweat for writing a few lines during long minutes while your computer can create hundred of pages of the finest corporate language on a single click, and all for free!

Click here to join the project web page.
[ update 16-Mar-2012: the Generator's live version is here ! ]

Here are a few examples:
  • The Director of Human Resources transitions our enhanced skills using our communication; in the same time the resources address a tolerably expensive intelligence.
  • An overarching successful execution credibly generates our paradigms.
  • The resources proactively focus on our expertise.
  • Our customer-centric dialogues synergize the enablers as part of the plan, while lessons learned leverage a documented and integrated client focus.
  • An industry-standard platform technically transfers the focus, while a cost-effective 360-degree thinking transfers cascading skills. We must activate the matrix to think differently.
  • The thought leader pre-prepares our leveraged soft cycle issues; in the same time decentralized, progressive, contents inspire the project manager. An effective stress management generates a non-deterministic pipeline, while compliant strategic staircases interact with unique frameworks.
  • A strong value creation synergizes agreed-upon executions going forward.
Actually, the idea of random text generation is not new.
    The first instance I came across is a 1987 book of Jean Epstein, Petit guide de conversation usuelle pour changer le monde sans fatigue, ou, Comment se débarrasser des gêneurs, which provides a grid of words to be used randomly and suggest the use of a computer to compose random sentences. 

    Of course there are some famous ancestors of the CBSG, with very refined random grammars and even a random chart generator!
    • SciGen, the Computer Science paper generator
    • PoMo, the Postmodernism generator
    Enabled through Ada programming :-)

      samedi 28 mai 2011

      Keyboard rescue

      This is definitely a geeky post. I'm very proud of having repaired my Netbook's keyboard with only a piece of aluminium from my favourite chocolate, a drop of glue and of course some logic to understand what was the issue. Hopefully my experience will be useful to people having the same "dead keys" issue.

      So the problem was: two neighbour keys, the 'e' and the 'r', were dead (no response when hit). Progressively they have ceased to function, but funnily, in a synchrone way: when one key wasn't working, the other one as well. Same when one was working again, the other one was alive too. Ah-ha! Since I didn't want to throw away my nice Netbook, nor giving it to repair (probably, same cost as a new machine, and long waiting time), I have removed most keys, including the mobile frame that keep the keys well aligned, lifted the frame with the silicon pieces that make "plop" when you press the keys, and had a look at the contact foil. What make things difficult is that it is a triple foil, with flat wires on the top and the bottom foil; the middle foil is to isolate. Looking at the wires, a little bit of deductive logic made me conclude that the bad contact had to at one precise place. No way to measure it actually without destroying the foils. So I've separated the 2nd and the 3rd foils with a knife, and put a little piece of aluminium inbetween, and put a bit of glue to avoid having bad surprises later, when writing to this blog for instance. And ? Bingo, it works!

      Here are pictures of this keyboard surgery:






      The 'e' and 'r' keys were dead, so the broken contact had to be where my finger is pointing.

      (On the way) back to life!

      The Netbook is an Acer Aspire One.

      mercredi 2 février 2011

      Dehors, c'est la jungle

      Le sujet (les cadres) est inspiré par cet essai.

      Dehors, c'est la jungle - Janvier 2011 - *Retouche*
      Jeu: trouver les différences avec l'état précédent (vous pouvez cliquer sur les photos pour les agrandir):
      Dehors, c'est la jungle - Janvier 2011
      Galerie virtuelle par ici ...

      lundi 24 janvier 2011

      Poésie magnétique

      Cliquez la photo pour l'agrandir et apprécier la poésie...


      NB: les mots sont le plus souvent assemblés au hasard. Si vous trouvez des cochonneries, c'est donc probablement fortuit.

      samedi 1 janvier 2011

      Melting, but not mixing

      A way of celebrating the New Year... 

      video

      ...and the 10 years after having completed my thesis about the space-time integrated least squares (STILS) methods for solving the advection partial differential equation.

      The picture used as initial condition is my latest painting, you can see it here in colour.


      The trend is your friend...

      Bitcoin price, and trend as a Google search NB: curves' data were retrieved using our free Recurve tool ( http://gen-img-dec.sour...